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Vitamine D et MICI (Crohn, rectocolite) : faut-il surveiller son taux en hiver ?

En hiver, la synthèse de vitamine D par la peau peut devenir très faible sous nos latitudes. En Belgique, la faible hauteur du soleil limite fortement les UVB disponibles pendant plusieurs mois. Avec une maladie de Crohn ou une rectocolite, est-ce important ? Voici ce que montrent les études, et ce qu'elles ne prouvent pas.

Sur cette page
  1. Le point de départ
  2. La vitamine D vient surtout du soleil
  3. Moins de soleil, plus de maladie de Crohn ?
  4. Avec une MICI, le manque de vitamine D est plus fréquent
  5. Un taux bas va souvent avec une maladie plus active
  6. Et les compléments de vitamine D ?
  7. Ce que disent les recommandations
  8. L'hiver, ce n'est pas que la vitamine D
  9. En pratique
  10. Un suivi pour préparer les consultations
  11. Sources

Publié le 19 octobre 2026

Le point de départ

Werner Masseglia, le créateur de We IBD, vit en Belgique avec une MICI, diagnostiquée il y a cinq ans (son histoire). Ce sujet vient de lui :

« J'ai constaté au fil des années que les mois à faible lumière sont plus difficiles. Après des recherches, il est apparu que le lien existe entre la vitamine D et les MICI. »

Son constat est le sien : il ne dit pas que le manque de lumière aggrave la maladie. Quant au lien, les études montrent bien une association entre vitamine D et MICI, solide sur certains points, encore incertaine sur d'autres. Voici lesquels.

En bref. Les personnes atteintes d'une MICI manquent plus souvent de vitamine D que les autres, et un taux bas va souvent de pair avec une maladie plus active. Ce sont des associations : elles ne prouvent pas que le manque de vitamine D cause la maladie ou les poussées. Les essais de compléments donnent des résultats contradictoires. Le bon réflexe : en parler à votre gastro-entérologue, qui peut faire doser votre taux.

La vitamine D vient surtout du soleil

Notre peau fabrique de la vitamine D sous l'effet des rayons UVB du soleil. Encore faut-il que le soleil monte assez haut dans le ciel. En 1988, une équipe de Boston a exposé au soleil, par temps clair, de la peau humaine en laboratoire, à différentes latitudes [1]. À Boston (42° N), la peau ne produisait aucune prévitamine D, le précurseur de la vitamine D, de novembre à février. À Edmonton, au Canada (52° N), cette période sans production s'étendait d'octobre à mars.

La Belgique se situe entre 49,5 et 51,5° N, bien plus près d'Edmonton que de Boston. À cette latitude, la synthèse de vitamine D par la peau peut être fortement limitée pendant plusieurs mois d'hiver. Cette étude ne mesure pas le taux sanguin des Belges : un hiver pauvre en UVB ne signifie pas que tout le monde devient carencé. Le taux sanguin dépend aussi des réserves de l'organisme, de l'alimentation, des compléments éventuels et d'autres facteurs individuels.

Moins de soleil, plus de maladie de Crohn ?

Plusieurs grandes études ont comparé la fréquence des MICI selon l'ensoleillement.

  • Aux États-Unis, plus de 175 000 infirmières ont été suivies pendant des années [2]. Celles qui vivaient dans le sud du pays à 30 ans avaient environ deux fois moins de risque de développer une maladie de Crohn, et environ un tiers de risque en moins pour la rectocolite, que celles du nord.
  • En France, une étude a comparé les 94 départements métropolitains [3]. Les régions les moins ensoleillées comptaient plus de nouveaux cas de maladie de Crohn. Aucun lien n'a été trouvé pour la rectocolite.
  • Dans la même cohorte d'infirmières américaines, une autre équipe a estimé le taux de vitamine D de 72 719 femmes à partir de leur exposition au soleil, de l'ensoleillement de leur région, de leur alimentation et de leurs compléments [4]. Le quart des femmes au taux estimé le plus élevé avait presque deux fois moins de risque de maladie de Crohn que le quart au taux le plus bas. Pour la rectocolite, la baisse observée n'était pas significative.

Ce que ces études ne disent pas : elles observent des populations, elles ne font pas d'expérience. D'une région à l'autre, bien d'autres choses que le soleil changent. Les auteurs l'écrivent eux-mêmes : il faut d'autres études pour savoir si le lien est une cause [3].

Avec une MICI, le manque de vitamine D est plus fréquent

Une méta-analyse a regroupé 14 études comparant 938 personnes atteintes d'une MICI à 953 personnes sans MICI [5]. Les patients avaient 64 % de risque en plus d'être carencés (carence définie dans ces études par un taux sanguin de 20 ng/mL ou moins). Pour la rectocolite, ce risque était plus que doublé.

Les auteurs signalent une limite : ces chiffres sont bruts, sans correction pour tenir compte d'autres facteurs.

Un taux bas va souvent avec une maladie plus active

Une autre méta-analyse a réuni 27 études et 8 316 patients [6]. Chez les personnes ayant un taux de vitamine D bas, on observait plus souvent une maladie active, une inflammation de la muqueuse intestinale, une qualité de vie moins bonne et, un peu plus souvent, une rechute dans les mois suivants. C'était vrai pour la maladie de Crohn comme pour la rectocolite.

Là encore, ce type d'étude ne dit pas dans quel sens va le lien. Un taux bas peut accompagner une maladie active sans en être la cause. Les auteurs parlent d'ailleurs d'un marqueur de l'activité de la maladie.

Et les compléments de vitamine D ?

Pour savoir si la vitamine D aide vraiment, il faut des essais où l'on compare des patients qui en prennent à des patients qui reçoivent un placebo. Leurs résultats ne vont pas tous dans le même sens.

  • Un essai danois a suivi pendant un an 94 patients atteints de maladie de Crohn en rémission [7]. Il y a eu moins de rechutes dans le groupe vitamine D (13 %) que dans le groupe placebo (29 %), mais la différence n'était pas statistiquement significative. Les auteurs demandaient des études plus grandes.
  • Une méta-analyse de 2024 a regroupé les essais contre placebo [8]. Sur 458 patients, le risque de rechute était plus faible avec la vitamine D, surtout chez les personnes atteintes de maladie de Crohn en rémission. Pour la rectocolite, seuls 67 patients étaient inclus : trop peu pour conclure.
  • Une autre méta-analyse, de 17 essais et 1 127 patients, trouve que les compléments font bien monter le taux sanguin de vitamine D et baisser un peu la CRP, un marqueur d'inflammation, mais sans baisse significative de l'activité de la maladie ni des rechutes [9].

En résumé : les données disponibles suggèrent que la vitamine D pourrait réduire le risque de rechute dans certaines situations, notamment chez les personnes atteintes de maladie de Crohn en rémission. Mais les essais restent limités, et leurs résultats ne sont pas assez solides pour recommander une supplémentation à tous les patients dans le but de prévenir les poussées, en particulier en cas de rectocolite.

Il faut distinguer deux choses. Corriger une carence constatée par une prise de sang peut être médicalement indiqué : c'est ce que prévoit la recommandation européenne présentée ci-dessous. Prendre de la vitamine D en espérant prévenir les poussées est autre chose : les études ne permettent pas de le recommander à tous.

Ce que disent les recommandations

La Société européenne de nutrition clinique et métabolisme (ESPEN) recommande de surveiller le taux sanguin de 25(OH) vitamine D chez les adultes et les enfants atteints d'une MICI qui ont une maladie active, qui sont traités par corticoïdes, ou chez qui l'on soupçonne un manque de vitamine D. Si nécessaire, un complément de calcium et de vitamine D doit être prescrit pour prévenir une baisse de la densité osseuse [10]. Il s'agit de sa recommandation 20, de grade B, adoptée avec un consensus fort (96 %). Elle ne prévoit donc ni un dosage systématique chez tous les patients, ni une supplémentation indépendante du résultat et du contexte clinique.

L'hiver, ce n'est pas que la vitamine D

Les mois sombres changent bien d'autres choses : on bouge souvent moins, les rhumes et la grippe circulent davantage, la fatigue et le stress peuvent peser plus. Les études présentées ici ne permettent pas de faire la part de chacun de ces facteurs.

En pratique

Si vous vivez avec une MICI, parlez-en à votre gastro-entérologue, qui peut faire doser votre taux. C'est une simple prise de sang, et c'est à lui de dire si un complément est utile pour vous, et à quelle dose.

Le dosage. L'analyse mesure la 25-hydroxyvitamine D, notée 25(OH)D. Selon le laboratoire, le résultat s'exprime en ng/mL ou en nmol/L. Sa lecture dépend de votre situation médicale : elle se fait avec votre médecin.

Un suivi pour préparer les consultations

We IBD permet d'ajouter vos résultats de vitamine D à votre suivi biologique et de les retrouver dans le rapport destiné à votre médecin.

Depuis la version 2.1.1, sur iPhone, vous pouvez aussi choisir d'ajouter à votre suivi la météo de votre région (version complète, désactivée par défaut) et le temps passé à la lumière du jour mesuré par l'Apple Watch. Ces informations se consultent en regard de vos symptômes, sans que l'application en déduise une relation de cause à effet, et elles n'entrent jamais dans son indicateur. Pour la météo, votre position, arrondie à environ 10 km, est envoyée à Apple Weather (détails dans notre politique de confidentialité).

Ce sont des outils de suivi, pas des outils de diagnostic : ils ne mesurent pas votre taux de vitamine D et ne permettent pas de dire si la lumière influence votre maladie.

Cet article résume des études publiées. Il ne remplace pas un avis médical.

Sources

  1. Webb AR, Kline L, Holick MF. J Clin Endocrinol Metab, 1988;67(2):373-8. PubMed 2839537
  2. Khalili H et al. Gut, 2012;61(12):1686-92. PubMed 22241842
  3. Nerich V et al. Aliment Pharmacol Ther, 2011;33(8):940-5. PubMed 21332762
  4. Ananthakrishnan AN et al. Gastroenterology, 2012;142(3):482-9. PubMed 22155183
  5. Del Pinto R et al. Inflamm Bowel Dis, 2015;21(11):2708-17. PubMed 26348447
  6. Gubatan J et al. Aliment Pharmacol Ther, 2019;50(11-12):1146-58. PubMed 31647134
  7. Jørgensen SP et al. Aliment Pharmacol Ther, 2010;32(3):377-83. PubMed 20491740
  8. Valvano M et al. Inflamm Bowel Dis, 2024;30(2):281-91. PubMed 36579768
  9. Guo Y et al. Food Funct, 2021;12(17):7588-606. PubMed 34231596
  10. Bischoff SC et al. ESPEN guideline on clinical nutrition in inflammatory bowel disease. Clin Nutr, 2023;42(3):352-79, recommandation 20. PubMed 36739756 · texte complet (ESPEN)

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